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La naissance du journal

Le contexte

Nancy en 1889 : la cité de Stanislas est un avant poste à une vingtaine de kilomètres de la frontière  imposée en 1871. La défaite et l’annexion ont fait de Nancy la ville la plus militarisée de France. Dans cette Lorraine où le patriotisme est la valeur première, le boulangisme fait son apparition, représenté par Maurice Barrès.

Nancy voit affluer de nombreux industriels venus de l’Alsace et de la Moselle annexées, et attire par conséquent des milliers d’ouvriers.

 

C’est dans ce contexte que naît L’Est Républicain, « un journal à cinq centimes, mis ainsi à la portée des petites bourses et ayant pour mission principale de préparer et de soutenir la candidature républicaine » Il est porté par de nombreux souscripteurs de sensibilité républicaine : industriels (Tourtel, Vilgrain, Daum…), parlementaires de la région, membres du parti républicain (J. Méline, J. Ferry, Alfred Mezières,…), personnalités politiques de Nancy et de la Lorraine.

L’Est est donc bien le journal de la bourgeoisie républicaine de l’époque. Après quelques difficultés matérielles qui retardent le lancement, le premier numéro paraît à une date propice : le 5 mai 1889, jour de l’inauguration de la Grande exposition universelle de 1889 par le président Carnot (où le public va notamment découvrir la Tour Eiffel).

Le petit journal électoral est en fait promis à un enracinement exceptionnel.

 

Sélection d'images extraites du numéro de l'Est républicain du 01 janvier 1914

Le premier siège du journal rue Saint Dizier

L’enracinement

Malgré l’échec des républicains aux élections cantonales et législatives de 1889 et des ressources limitées, L’Est Républicain réussira néanmoins à s’implanter dans le milieu pourtant déjà encombré de la presse nancéienne, où le pluralisme fleurit. On y compte cinq journaux, dont trois déjà anciens : le Journal de la Meurthe et des Vosges, né en 1799, L’Espérance, née en 1838, mais surtout L’Impartial, le plus vendu jusqu’en 1914.

Le succès de L’Est Républicain est avant tout dû à son premier rédacteur en chef et fondateur Léon Goulette, dont la personnalité haute en couleur va donner au journal son style et une position à la fois républicaine et nationaliste. D’esprit vif, volontiers polémiste, il donne au journal une vraie personnalité. Les rubriques s’étoffent et se multiplient, l’information locale se développe et le sport fait son entrée dans les colonnes, tout comme la rubrique « dernière heure », grâce au téléphone.

 

Sélection d'images extraites du numéro de l'Est républicain du 01 janvier 1914

L'ancienne clicherie

L’émancipation

Le quotidien régional qu’il est devenu se démarque de son rôle politique.

Aux grèves dans la sidérurgie, dans les mines et dans les industries textiles s’ajoute la xénophobie contre les immigrés, et l’antisémitisme de l’affaire Dreyfus, sans oublier les prémices de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Sa position fermement antidreyfusarde l’empêchera de faire marche arrière, et après les élections législatives de 1911, Léon Goulette est évincé.

Sélection d'images extraites du numéro de l'Est républicain du 01 janvier 1914

La salle des rotatives

La naissance du journal